Maismy Mary Fleurant-Entrevue

Maismy-Mary FLEURANT est originaire de Ouanaminthe . Il a fait ses études primaires à l’école des Frères de l’Instruction Chrétienne de sa ville natale et ses études secondaires au Collège Notre Dame du Perpétuel Secours du Cap-Haïtien. Il obtint sa Licence en droit en 1995 après de brillantes études à l’Ecole de Droit de Fort-Liberté. Maismy-Mary FLEURANT est aussi titulaire d’une maitrise en droit international de l’environnement de l’Université de Limoges. Il a, en outre, suivi les cours de l’Institut International des Droits de l’Homme à Strasbourg et les séminaires du Centre International pour l’Enseignement des Droits de l’Homme à l’Université (CIEDHU) dans cette même ville de France.Maismy-Mary FLEURANT a une longue carrière dans l’enseignement du Droit à l’Université. Il enseigne aussi les belles lettres et la philosophie dans plusieurs institutions scolaires du Nord-Est.
Maismy-Mary Fleurant est aussi un écrivain qui a publié en 2010 un recueil de poèmes aux Éditions CIDIHCA de Montréal : « Les semences de l’espoir »Membre du Conseil d’Administration de Solidarite Fwontalye/ Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants
Conseiller juridique bénévole du Diocèse de Fort-Liberté
Membre du Comité de Relations Publiques de la paroisse Notre-Dame de l’Assomption de Ouanaminthe
Membre du Comité de suivi du Plan Communal de Ouanaminthe. Je suis très heureux d’avoir un entretien avec lui pour les lecteurs et lectrices du bulletin du centre National de l’Apostolat haitien à l’étrangerBonjour Mr. Fleurant.
Bonjour Frère Tob

Pourriez vous nous dresser un bref portrait de Solidarité Frontalière et sa mission?
SOLIDARITE FWONTALYE/SJRM est une oeuvre de la Compagnie de Jésus qui fonctionne à Ouanaminthe sur la frontière haïtiano-dominicaine. SOLIDAITE FWONTALYE est donc dirigé par les Pères Jésuites et s’implique principalement dans le secours aux rapatriés et aux migrants qui sont nombreux sur la frontière. Ce sont en grande majorité des gens pauvres à la recherche d’un mieux-être mais qui sont vulnérables et subissent toutes sortes d’abus et de violations de leurs droits par les passeurs haïtiens et dominicains et certaines autorités haïtiennes et dominicaines. SOLIDARITE plaide aussi pour l’arrêt du trafic et de traite d’êtres humains sur la frontière. A SOLIDARITE FWONTALYE, il existe aussi une section Droits de l’homme qui travaille dans la défense des droits des plus pauvres. Les femmes et les filles victimes de violences, domestiques, sexuelles ou autres, sont prises en charge par cette structure. SOLIDARITE FWONTALYE croit aussi que seule une transformation positive de la vie des haïtiens peut les empêcher de migrer aussi massivement. Le secteur Transformation Sociale, ainsi, s’occupe des projets de développement et d’encadrement des organisations paysannes et de la société civile. L’acteur directeur de SOLIDARITE FWONTALYE est le Père Maxène Joazile.
Voudriez vous nous faire une description de la ville de Ouanaminthe?
Ouanaminthe est une ville de près de 120 000 habitants située sur la frontière Nord d’Haïti. C’est la plus grande ville du département du Nord-Est qui a Fort-Liberté comme chef-lieu. C’est une ville connue pour ses activités commerciales dues surtout à sa localisation sur la frontière, lieu d’échanges économiques par excellenece. La ville souffre pourtant beaucoup. Elle n’est pas bien urbanisée avec d’immenses bidonvilles très pauvres autour du centre ville historique. Les services sociaux de base ne sont pas accessibles à la grande majorité de la population. Pourtant, la commune a beaucoup de potentialités, surtout en matière de production agricole, avec la plaine de Maribaroux qui pourrait servir de grenier pour toute la région Nord du pays. On trouve aussi dans la ville un centre industriel de sous-traitance, la zone franche de Ouanmainthe, propriété d’un groupe dominicain, le groupe M. La CODEVI (Compagnie de développement industriel) emploie près de 5000 ouvriers et ouvrières surtout dans l’industrie textile de fabrication de vêtements
Pourriez vous nous parler de la traite des enfants à Ouanaminthe pour la république dominicaine et qu’est ce qui devrait être fait pour extirper ce virus qui est encore une autre honte pour notre pays?
La traite des enfants sur la frontière est un phénomène douloureux. La traite doit être différenciée du trafic de personnes qui est surtout un passage illégal des migrants organisé par des bandes organisées. La traite d’êtres humains suppose une exploitation de la personne victime. En ce sens, la traite d’enfants se fait par des criminels qui envoient les enfants dans des réseaux de prostitution ou de mendicité. Des enfants sont aussi placés comme domestiques en République Dominicaine. Il est actuellement difficile de contrer ce phénomène. La frontière est une passoire. La PNH n’a pas les moyens ni le personnel pour avoir une présence effective sur toute sa longueur. Les passeurs et les trafiquants ont la voie libre. Lutter contre la traite, c’est organiser des campagnes de sensibilisation, demander à l’Etat d’assurer une présence permanente sur la frontière, décourager les trafiquants par l’adoption de mesures législatives, comme une loi sur la traite et le trafic des personnes, encourager l’Etat à fournir des documents d’identité et de voyage comme le passeport à un coût abordable pour tous les citoyens et dans un délai raisonnable.
Pourriez vous nous dresser un bref portrait du système éducatif du Nord’est tout en mettant accent sur ses problèmes et ses défis?
Le système éducatif du Nord-Est est à l’image du système éducatif national: un système faible, où les écoles privées sont majoritaires, où l’enseignement qui est donné aux élèves n’est pas de qualité. Les écoles publiques sont dans une crise permanente. Elles ont perdu leur fonction principale de former dans de bonnes conditions les enfants de la République. Les enseignants ne sont pas bien rémunérés. Il y a toujours du retard dans la nomination et l’inscription au bureau des finances des nouveaux cadres. La désertion et l’échec scolaires sont toujours aussi forts. Les écoles privées ne sont pas contrôlées. La grande majorité offre un enseignement médiocre qui ne permet pas aux enfants de pouvoir même accéder à l’Université. Il faut une grande réforme, améliorer les conditions de travail des institutions publiques d’éducation qui représentent parfois la seule opportunité pour les enfants des classes moyennes et du peuple d’avoir accès à enseignement acceptable. Les écoles congréganistes continuent néanmoins un travail appréciable dans le domaine et restent des établissements de qualité. Il faut cependant dire que la solution doit passer par le rétablissement des établissements publics qui accueillent le plus grand nombre d’élèves. On salue, comme nouveau développement, l’arrivée des écoles “Foi et Joie” des Jésuites dans la commune.
Quels sont les problèmes et les défis des femmes du Nord’est?
Les femmes du Nord-est sont confrontées à de nombreux défis. Elles représentent une catégorie vulnrérable victime d’un système patriarcal séculaire et machiste. Les femmes sont peu représentées dans l’administration publique et privée où elles occupent surtout des rôles secondaires. Elles sont surtout les plus pauvres. Les femmes du département font aussi face à un fort taux de violences domestiques et d’agressions sexuelles. Cependant, on remarque partout une volonté de s’organiser pour défendre leurs droits. Il y a une réelle implication de structures étatiques comme la Coordination départementale du Ministère de la condition féminine, la Brigade de protection des mineurs et l’IBESR (Institut de bien-être social et de recherche). Un grand travail est fait par des organisations non gouvernementales ou internationales qui assitent et encadrent les organisations de femme: SOLIDARITE FWONTALYE, la Congrégation des Soeurs de St Jean l’Evangéliste, CRS (Catholic Relief Services), la Section des droits de l’homme de la MINUSTAH, l’AFASDA, etc. Les femmes du Nord-Est n’acceptent pas la soumission. Elles luttent pour changer et améliorer leurs conditions d’existence.
Parlez nous de la jeunesse du Nord’est
La jeunesse du Nord-Est représente la tranche d’âge la plus représentative de la démographie locale. C’est une jeunesse qui a un peu perdu ses repères, presque laissée sans un vrai encadrement de la part de l’Etat. Il y a encore trop de jeunes qui ne vont pas à l’école, trop de jeunes qui ne travaillent pas, trop de jeunes qui ne fréquentent pas une Université ou une école professionnelle. Il y a un urgent besoin de formation de ces jeunes souvent désoeuvrés, qui souffrent d’un chomage chronique. Il faut améliorer les filières professionnelles, rendre l’Université de Limonade fonctionnelle, donner plus d’opportunités de travail aux jeunes diplômés, encadrer les jeunes qui veulent se lancer dans une activité économique. C’est avec toutes ces mesures que les jeunes se sentiront vraiment intégrés dans un système économique, politique et social qui deviendra plus performant avec leur apport.
Pourriez vous nous dresser un bref portrait de la population Haitienne en République Dominicaine?
La population haïtienne en République Dominicaine a évolué quantitativement. Elle a surtout évolué dans sa localisation et son positionnement dans la société dominicaine. Les haïtiens ont vécu longtemps dans les bateys lorsque la production de sucre était l’activité économique princuipale de ce pays. Avec le déclin des industries sucrières, la main d’oeuvre haïtienne s’est diversifiée. On rencontre surtout les haïtiens dans les métiers de construction et dans les fermes agricoles ou les grands élevages. C’est une main d’oeuvre appréciée, docile, bon marché, qui constitue un levier important pour l’économie dominicaine. Cependant la présence haïtienne, malgré ses bienfaits prouvés pour l’économie dominicaine est dénoncée par les secteurs d’extrême-droite qui continuent à dresser le peuple dominicain contre la “menace” haïtienne. Malheuruesement, les élites dirigeantes de ce pays cautionnent ce langage qui est source de violences contre les haïtiens. Aujourd’hui la situation des haïtiens et de leurs descendants est difficile. On leur refuse toute pièce d’identité, ce qui les empêchera d’avoir accès à l’éducation, au travail, aux soins de santé, faisant d’eux des apatrides. C’est une situation qu’il faut dénoncer. C’est une violation systématique des droits de toute une partie de la population dominicaine. Il faut que les dominicains reconnaissent les apports culturels, économiques, sociaux et mêmes politiques de la présence haïtienne. Les descendants d’haïtiens, nés sur le territoire dominicain, qui ne connaissent pas Haïti, qui ont intégré les valeurs dominicaines avec sa religion, ses cultures, ses croyances, sa mentalité, ont le droit d’être reconnus et protégés. Les haïtiens doivent être respectés et leurs droits garantis quelque soit la manière dont ils sont arrivés là-bas. C’est un principe important des droits de l’homme.
Pourriez vous nous parler du massacre Des Haitiens en République Dominicaine tout en soulignant les causes de cette tragédie et comment Solidarité Frontalière compte commémorer cette tragédie qui a endeuillé beaucoup de familles Haitienne ?
Du 2 au 4 octobre 1937, entre 15 et 20 mille haïtiens furent tués sur la frontière dominicaine sur ordre du dictateur dominicain Raphael Leonidas Trujillo y Molina. Ce massacre horrible eut lieu dans les villes dominicaines proches de la frontière comme Monte Christi et Dajabon où les tueries furent nombreuses. Trujillo voulait créer l’identité dominicaine à partir de la haine des haïtiens. Son crime s’apparente à un nettoyage ethnique. Car son but avoué était d’éliminer radicalement la présence haïtienne dans son pays. La communauté internationale, en apprenant ce génocide, le condamna avec vigueur. Malheureusement le gouvernement de Sténio Vincent capitula devant Trujillo et accepta un fond misérable de dédommagement pour les victimes dédaignant ces malheureux tués, assassinés seulement parce qu’ils étaient noirs et haïtiens. Les autorités haïtiennes créèrent plusieurs colonies agricoles dont la colonie agricole de D’Osmond (près de Ouanaminthe) pour les survivants de ce drame.
Cette année marque le 75e anniversaire des Vêpres dominicaines. SOLIDARITE FWONTALYE va sûrement organiser des activités pour commémorer cet évènement. Il n’y a pas encore une programmation définitivement établie. Moi, personnellement, je lutte pour l’érection d’un Mémorial de la Paix à Ouanaminthe, en souvenir des victimes et pour promouvoir une relation de paix, de compréhension et d’amitié entre les deux peuples qui partagent l’ile et qui sont condamnés à vivre ensemble. Ce mémorial sera un lieu de mémoire, mais aussi un espace de réflexion et de partage pour les haïtiens et les dominicains.

Maismy-Mary Fleurant
“C’est la faiblesse des hommes qui fait le destin”
(M. Fleurant in Le Goût du Sang)

Mr Fleurant, avez-vous un dernier mot?
Frère Buteau, je vous remercie beaucoup de m’avoir invité à donner mon opinion sur des sujets très intéressants. Je veux dire à vos lecteurs que l’espoir n’est pas mort en Haïti parce que nous sommes un peuple habitué à lutter. Nous sommes déterminés à changer nos conditions d’existence. L’haïtien ne veut pas de diktat. Il accepte la collaboration. Ensemble, on peut faire de ce pays ce qu’il a été jadis: la perle des Antilles, un diamant étincelant au beau soleil de la Caraïbe.
Merci Mr Fleurant d’avoir accepté de répondre à mes questions
Frère Buteau(Brother Tob)
Pour le Centre National

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